Le document du mois

Le martelage des bois de marine, 1819

Publié le 3 août 2022
Procès verbal de martelage des bois propres à la construction des vaisseaux, frégates et autres bâtiments de guerre de la marine royale, 1819 (Ad22, 1Q2/414)
Procès verbal de martelage des bois propres à la construction des vaisseaux, frégates et autres bâtiments de guerre de la marine royale, 1819 (Ad22, 1Q2/414)
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La construction navale en bois a connu un essor important entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe siècle. La question de l’approvisionnement en bois revêt alors une grande importance pour les autorités comme en témoigne le « procès-verbal de martelage des Bois de propres à la construction des Vaisseaux, Frégates et autres Bâtiments de guerre de la Marine royale » de 1819.

Depuis le règne de Louis XIV, la construction navale n’a cessé de se développer. Celle-ci connaît un renouveau sous le Premier Empire puis sous la Restauration, suite aux « désordres » causés par la Révolution française. De plus, la révolution industrielle entraîne une accélération de l’industrie navale dès le début du XIXe siècle. Les ports arsenaux sont constamment réaménagés pour permettre une meilleure production. C’est le cas des deux sites bretons : Lorient et Brest. En parallèle, la demande en bois de marine s’accroît.

L’approvisionnement en bois se déroule en plusieurs étapes. Dans un premier temps, les agents de marine sélectionnent les troncs droits ou tors (tordus) en fonction de leur usage (mât, avirons, coques..). Une fois les arbres choisis, principalement du chêne, ceux-ci sont martelés. Parfois le marteau possède une marque dédiée à la Marine avec une estampille représentant une ancre marine et le symbole du pouvoir en place comme la fleur de lys pour la royauté. Après l’abattage, les grumes peuvent être équarris en forêt ou sur le chantier pour être ensuite distribués selon leur future destination. La sélection des arbres à couper pour la vente exige une grande expertise de la part des forestiers. Ils doivent prendre en compte de multiples critères : essence et stade de croissance des arbres, demandes du marché et besoins financiers du propriétaire.

Le document, présenté ici, décrit avec précision la vente de bois et le martelage officiel des troncs sélectionnés pour la construction de navire. Le procès-verbal est un formulaire imprimé que le responsable de la coupe de bois et du martelage complète manuellement. Il se compose de trois parties.

La première partie décrit la vente et le martelage : « Je soussigné […] Bourdel maître de la marine, en résidence à Rennes département d’Ille et Vilaine assermenté le trente du mois de décembre de l’an 1816 par devant les juges du tribunal de première Instance de rennes du département d’Ille et Vilaine me suis transporté le 24 du mois de juin 1819 dans les avenues de Caradoc […] situé commune de Plouasne arrondissement de Dinan département des Côtes-du-Nord, inspection forestière de Saint-Brieuc […] dont est acquéreur Monsieur Guinan demeurant en la ville de Dinan […] j’ai visité le dit dans lequel j’ai marqué et frappé du marteau de la marine portant empreinte une ancre ayant une fleur de lis fixée sur la verge, d’un côté le n° 2 désignant la direction forestière maritime et de l’autre la lettre H indiquant le département d’Ille et Vilaine la quantité de seize pièces essence de chêne que j’ai estimés pouvoir produire les pièces de marine ci-dessous énoncées d’après le tarif en usage […] . » Le cubage est aussi mentionné : 16 pièces équivaut à 7,08 stères.

La seconde partie se présente sous forme de tableau divisant le chêne, l’essence privilégiée pour la construction marine, en cinq « espèces » en fonction de la destination du bois (pièces de quilles, mèches de gouvernail, bois droits ou tors…). D’autres essences sont aussi proposées comme le hêtre, l’orme ou le sapin, mais elles sont rarement sélectionnées.

La troisième partie du document indique les dispositions générales relatives aux forêts royales, aux bois communaux et d’établissements publics ou aux propriétés particulières ce qui est le cas ici. Cette dernière partie indique qui est l’officier du génie de la marine et dans quel port flottable, le plus proche, seront conduits « lesdits bois de marine ». Ici, le transport du bois de Plouasne est organisé au port de Dinan sur la rivière de la Rance. Pour conclure, le document est daté et signé par le maître de la marine, ici Monsieur Bourdel.

Ainsi, même si les forêts et les bois du département des Côtes-du-Nord n’ont pas toujours beaucoup fourni de bois de marine, ils ont bel et bien été sollicités au XIXe siècle et ont participé à l’essor industriel de cette époque.

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