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La forge du Pas (Lanfains) et la forêt de Lorge, 1826

Publié le 1 septembre 2022
Forêt de Lorge (L’Hermitage-Lorge), Forge du Pas (Lanfains). - Plan général du haut-fourneau à construire au lieu du Pas, indiquant la situation des usines projetées et la position topographique de l'établissement par l’architecte L. Lorin, (septembre 1826). (AD22, 3 P 1/8)
Forêt de Lorge (L’Hermitage-Lorge), Forge du Pas (Lanfains). - Plan général du haut-fourneau à construire au lieu du Pas, indiquant la situation des usines projetées et la position topographique de l'établissement par l’architecte L. Lorin, (septembre 1826). (AD22, 3 P 1/8)
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Associer l’exploitation industrielle métallurgique à l’histoire des forêts peut paraître surprenant. Pourtant, pendant longtemps ce secteur a été un grand consommateur en bois de feu, seule ressource permettant de faire fonctionner les fourneaux jusqu’à la généralisation des énergies fossiles puis de l’électricité.

Dès le milieu du XVIe siècle, la principale activité industrielle du territoire des Côtes-d’Armor est la sidérurgie. Pour faciliter leur fonctionnement, les usines sont contraintes de s’implanter à proximité des massifs forestiers. C’est le cas des forges de l’Hermitage situées aux abords de la forêt de Lorge, sur la limite des trois communes de Lanfains, L’Hermitage-Lorge (aujourd’hui Ploeuc-L’Hermitage) et Saint-Brandan.

Héritant de l’usine en 1781, le Comte de Choiseul-Praslin souhaite exploiter le minerai de fer local.  Il prend alors la décision, en 1826, de faire construire un haut fourneau à côté d’un ancien moulin dans le lieux-dit nommé Le Pas sur la commune de Lanfains. Le 22 mars 1827, une affiche annonçant la demande d’établissement de haut fourneau est publiée afin de prévenir le public et de permettre d’éventuelles oppositions relatives à l’hygiène et à la sécurité (1). Le 6 août 1828, le Comte obtient par ordonnance l’autorisation de construction.

Ce très beau plan aquarellé du projet du haut fourneau est réalisé en septembre 1826 par l’architecte L. Lorin. Il s’agit très certainement de Louis Lorin, architecte du département, auteur notamment de la prison de Guingamp (construite dans les années 1830) et de l’église Saint-Michel de Saint-Brieuc (1837). Curieusement, le plan est mal orienté. En effet, si on le compare avec d’autres plans plus récents, on constate que l’étang se situe en réalité au sud du haut fourneau et non à l’ouest. Le projet de bâtiment abritant le haut fourneau, de forme oblongue, est implanté à proximité d’un canal lui procurant de l’eau. Celui-ci était certainement l’ancien bief qui alimentait le moulin dont une annotation indique « moulin à supprimer pour loger le fondeur ». Un autre bâtiment est prévu pour abriter une halle à charbon. Enfin, il est noté que des magasins doivent être construits. Le plan et l’état de section du cadastre napoléonien de la commune de Lanfains (2) en 1840 permettent de découvrir le résultat final du projet. Le haut fourneau alimenté par une roue à eau grâce au canal, est de forme parallélépipédique. Les magasins ont bien été construits à l’emplacement qui leurs était réservé. En revanche, l’ancien moulin semble avoir été finalement conservé et transformé en maison.

En 1837, le négociant Jean-Marie Allenou acquiert l’ensemble de l’usine. Les statistiques de l’année 1844 indiquent que les forges de L’Hermitage produisent 550 000 kilogrammes de fonte et emploient environ 267 ouvriers dont une cinquantaine de femmes et 12 enfants de moins de 16 ans. Il est aussi précisé que l’usine est équipée d’un fourneau et d’un four à coke (3). Si l’on se réfère au dénombrement de population de Lanfains au quartier du Pas (4), les métiers de la forge sont principalement des mouleurs et des fondeurs. Il ne faut cependant pas oublier le personnel administratif comme le directeur qui était aussi domicilié dans le hameau du Pas. De plus, de nombreux travailleurs gravitent autour de la forge pour lui apporter les matières premières dont elle a besoin (bûcherons, charbonniers, transporteurs, etc.).

À partir des années 1880, l’activité de l’usine ralentit. Elle se limite à la fonderie et n’emploie plus qu’une trentaine d’ouvriers. En 1906, l'entreprise est rachetée par Adolphe-Henry de Villeneuve qui l’intègre à une société déployée sur plusieurs sites bretons. L’entreprise se maintient ainsi tout le long du XXe siècle en fournissant du métal principalement sur le marché local, mais aussi au niveau national pendant les deux guerres mondiales. Elle ferme définitivement ses portes en 1978.

(1) AD22 5M47 dossier d’hygiène et de salubrité
(2) AD22, 3P104 Plan de la section B 2ème feuille du cadastre napoléonien de la commune de Lanfains (1840)
AD22 3P104/2 État de section de la commune de Lanfains (document indiquant la liste des propriétaires et décrivant la fonction des parcelles)
(3) AD22 6 M 937 statistiques sur la production industrielle du département des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor)
(4) AD22 6M voir la salle virtuelle des Archives départementales
Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne, fonderie du Pas (Lanfains)

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