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La forêt de Beffou

Publié le 28 octobre 2022
Plan d’aménagement de la forêt départementale de Beffou, 1955 (AD22, 72 W 84)
Plan d’aménagement de la forêt départementale de Beffou, 1955 (AD22, 72 W 84)
Située à l’est du département des Côtes-d’Armor, en la commune de Loguivy-Plougras, le massif forestier départemental de Beffou s’étend sur un territoire d’environ 600 hectares.
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Propriété de la famille de Goesbriand sous l’Ancien Régime, la forêt est vendue comme bien national à la Révolution. Tout au long du XIXe siècle, elle passe de main en main et souffre de l’exploitation intense de son bois. En 1877, Monsieur Guillet achète la forêt et entreprend de la protéger en convertissant en futaie de hêtres la majeure partie des taillis. L’étymologie du nom « Beffou » pourrait d’ailleurs venir du mot breton « faou » qui signifie « hêtre ». L’importance de la présence de cette essence de bois dans cette forêt en fait un lieu d’approvisionnement privilégié pour les nombreux sabotiers de la région.

1951 : la forêt devient propriété du Conseil général
Le 18 juillet 1950, la session ordinaire du Conseil général des Côtes-du-Nord (aujourd’hui conseil départemental des Côtes-d’Armor), présidée par René Pléven, annonce le projet d’achat de la forêt de Beffou. Pour argumenter en la faveur de ce projet, la parole est donnée à Monsieur de la Fouchardière, inspecteur des Eaux et Forêts. Selon lui, deux raisons principales justifient l’acquisition. Avant tout, il est nécessaire pour l’intérêt général de sauvegarder cet espace forestier car les Côtes-du-Nord est l’un des départements les moins boisés de France. En second lieu, l’intérêt financier lié à l’exploitation du bois n’est pas négligeable. L’instauration d’un « règlement d’exploitation » propre aux forêts publiques éviterait les éventuels risques de déforestations abusives qui peuvent affecter les forêts privées. En 1951, le département des Côtes-du-Nord acquiert donc la forêt et poursuit l’œuvre de la famille Guillet visant à faire de Beffou une forêt de haute futaie à l’exploitation raisonnée.

Même si la forêt de Beffou appartient au département, la gestion de la forêt est assurée par le service forestier de l’État : l’inspection des Eaux et forêts puis, à partir de 1966, l’Office national des Forêts. Ainsi, le plan d’aménagement de la forêt de Beffou, présenté ici, a été réalisé par l’inspection de Saint-Brieuc du service des Eaux et Forêts en 1955 soit quatre ans après l’achat par le département. Le découpage en parcelles très régulier illustre la volonté de gérer la forêt afin de mieux l’exploiter. De même, les Archives départementales possèdent des brochures de vente de bois de l’Office National des Forêts de la forêt de Beffou, soumise au régime forestier, dans lesquelles il est indiqué les types d’utilisation du bois : bois d’œuvre pour la construction, bois d’industrie et bois de feu pour le chauffage.
L’article du Ouest-France du 11 octobre 1966, intitulé « Pique-Nique studieux en forêt de Beffou pour le conseil général des Côtes-du-Nord » présente bien sûr cette approche gestionnaire de la forêt mais insiste aussi sur la vocation sociale avec la création d’emplois liés à la filière bois et le rôle touristique du site. La forêt de Beffou devient alors un lieu d’exploitation et de « conservation » du bois liant économie et agrément.

Les dégâts de l’ouragan du 15 octobre 1987
Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987, une tempête d’une violence exceptionnelle traverse la Bretagne, provoquant la destruction de 20 % des massifs forestiers bretons. La forêt de Beffou est particulièrement touchée, environ 60 % du bois est détruit. Le spectacle des arbres, feuillus comme résineux, étêtés ou déracinés et enchevêtrés provoque une grande émotion auprès du public. Pendant 10 ans (1988-1998), le Conseil départemental mène en partenariat avec l’ONF une campagne de plantation des forêts qui répond aux enjeux économiques de la filière bois. Mais l’action publique ne s’arrête pas à cette dimension de gestion des ressources. En effet, outre l’aspect écologique, la dimension sociale de la forêt est de plus en plus valorisée. Il s’agit d’informer le public sur le rôle des forêts et de lui offrir des espaces de promenade et de découverte. La forêt de Beffou devient un véritable site d’accueil et de pédagogie. C’est toujours le cas aujourd’hui, avec notamment l’aménagement de nouveaux sentiers et l’organisation d’évènements culturels très appréciés du grand public.

« Pique-nique studieux en forêt de Beffou », Ouest-France, 11 octobre 1966 (AD22 JP166/A)
« Pique-nique studieux en forêt de Beffou », Ouest-France, 11 octobre 1966 (AD22 JP166/A)

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