7- Plan par masse de culture de la commune de Saint-Jacut-du-Mené.
9 brumaire an XIII. Un département alors essentiellement agricole
et une situation économique médiocre

Plan aquarellé sur papier
Dimensions : 125 cm x 125 cm
Cote : 3 P carton 4

La situation économique s'améliore doucement durant le Consulat puis se détériore de nouveau sous l'Empire. Le département reste essentiellement un pays agricole. Le régime du domaine congéable a bien été modifié dans le sens d'une réciprocité entre domaniers et convenanciers, cependant les nouveaux propriétaires, tous issus de la bourgeoisie, parviennent à contourner l'esprit de la loi et sont aussi acharnés à défendre leurs privilèges que les nobles de l'Ancien Régime. La bourgeoisie se taille d'ailleurs la part du lion de la propriété foncière, la majeure partie des biens ruraux étant désormais entre ses mains.

La vente des biens nationaux, se poursuit jusqu'en 1806. Les nobles, qui ont subi des pertes considérables, tentent aussi de reconstituer leur patrimoine foncier, par le biais d'achats effectués par des personnes acquises à leu cause, dans le but de s'assurer une influence politique dans les campagnes. Quant au clergé, malgré quelques restitutions faites aux fabriques et aux établissements de bienfaisance, on peut dire qu'il a été totalement exproprié.
Cette nouvelle donne ne transforme pas le paysage départemental, ainsi qu'on peut le constater sur le document présenté ici : les landes et les terres incultes occupent toujours une grande proportion (300 000 hectares) au détriment des surfaces cultivées. La différence de valeur des terres entre la zone littorale et l'intérieur du département est toujours très forte. Une des principales causes du retard de l'agriculture est le manque d'engrais. Loin des côtes on utilise le fumier animal ou un mélange de genêts d'ajoncs broyés et de boue, alors que les communes côtières utilisent le goémon. La coupe du goémon est d'ailleurs strictement réglementée. Les procédés agricoles n'évoluent pas, pas plus que les espèces cultivées : seigle et sarrasin l'emportent toujours sur le froment. Les rendements sont toujours soumis aux aléas climatiques et les bonnes années où l'excédent l'emporte et fait baisser les cours, succèdent aux mauvaises. La pomme de terre est cultivée, lors des années de disette, comme aliment d'appoint. Il en est de même des cultures maraîchères. L'Etat tente d'imposer, sans succès, la culture de la betterave sucrière. La culture du lin et du chanvre est de nouveau pratiquée en alternance avec le froment ou l'avoine avec des résultats fluctuants selon les arrondissements.
L'élevage est la deuxième activité agricole importante, notamment l'élevage des chevaux, qui avait été décimés par les réquisitions révolutionnaires. La région de Rostrenen-Carhaix est réputée pour la qualité de son cheptel. Un système de primes d'encouragement est instauré et des courses ont lieu, dès 1807, dans l'anse d'Yffiniac. Les bovins représentent également une source de richesse importante. Une statistique préfectorale de 1809 indique que le cheptel est de 83 469 têtes de bétail. En 1813, il passe à 187 268 animaux. L'arrondissement de Guingamp est le plus performant tant pour la qualité que pour la quantité. La production de produits laitiers est de ce fait très importante. Un tiers des 3 720 000 kilos de beurre non consommés sur place est exporté. Quant à l'élevage ovin, il est favorisé du fait de la vaste étendue de landes et de jachères. Pour ce qui est des porcs et de la volaille, les statistiques pour cette époque manquent, mais la production est à coup sûr très importante : en 1810, le préfet signale dans un rapport la présence en moyenne dans chaque ferme de 2 à 6 porcs. Il ne faut pas négliger l'apiculture qui connaît un grand succès, bien que pratiquée d'une manière défectueuse : en 1810, le préfet évalue la production de cire à 10 000-15 000 kilos et à 1 000-1 500 hectolitres de miel.
L'administration napoléonienne prend des mesures pour protéger l'agriculture : lutte contre les nuisibles (surtout les loups), mesures prophylactiques en cas d'épizooties (abattage des bêtes malades, désinfection des locaux et harnais, indemnités aux propriétaires d'animaux malades), introduction d'espèces étrangères pour régénérer le cheptel.
A côté de l'agriculture, l'industrie reste encore peu développée. Les industries extractives sont peu importantes : carrières de granit, ardoisières (notamment près de Mûr), qui ne sont pas toujours exploitées de manière efficace. Le département possède trois mines de fer, complétées par leurs forges : Coat-an-Noz, près de Belle-Isle-en-Terre, le Vaublanc à Plémet, et les Salles à Perret. Parmi les autres industries, on dénombre, en 1809, 2 042 moulins à eau et 178 moulins à vent encore en activité. Plus anecdotiques sont les trois brasseries de bière du Légué, Paimpol et Pontrieux, ainsi que les manufactures de tabac de Saint-Brieuc qui disparaissent lors de l'institution du monopole sur le tabac. Les industries papetières et les tanneries sont plus nombreuses et plus importantes. L'exportation étant impossible, les industries textiles survivent difficilement, malgré l'établissement d'un règlement en l'an XI et le rétablissement des bureaux de marque l'année suivante.
La navigation au long cours et la pêche hauturière ont pratiquement disparu à cause de la guerre avec l'Angleterre. La pêche à Terre-Neuve est ruinée. La pêche côtière n'alimente que l'arrière-pays. Le maquereau et la sardine sont salés par des Normands qui les achètent pour la consommation des Parisiens.
Afin de stimuler l'industrie le commerce et le progrès en général, le Gouvernement créé des "Expositions nationales" auxquelles les artistes, manufacturiers et agriculteurs peuvent participer. Cependant, globalement, la situation économique des Côtes-du-Nord reste très médiocre sous le Consulat et l'Empire.

SOURCES ARCHIVISTIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES

Bibliographie :
Durand (R.), Les Côtes-du-Nord sous le Consulat et l'Empire, Paris, 1926 (5 bi 306)

Sources archivistiques complémentaires :
séries M, S et Z

DEVELOPPEMENTS PEDAGOGIQUES

Pistes pédagogiques
Analyser la modernité de la démarche cadastrale au regard de la propriété privée, de l'organisation fiscale Replacer le paysage dans une histoire évolutive et éviter de donner l'image d'un paysage rural figé depuis la nuit des temps.

Questions
Retrouver les éléments représentés sur ce plan : les éléments naturels (reliefs, végétations) et les éléments humains (végétation cultivée, routes, villages...). Quelle est l'activité qui domine ici ? Quel est le principal objectif de la réalisation de ce plan ?

Pour aller plus loin
Exposition Pays'âges, 2003 (panneaux, questionnaires).