6 - Le paysage : un plan terrier du duché de Penthièvre, l'exemple de Morieux (1785-1788)

Plan, encre et aquarelle sur papier
Dimensions : 103 cm x 66,5 cm
Cote : 1 E 497

Le régime féodal, représenté essentiellement par la seigneurie a produit des plans qui lui sont particuliers. Le seigneur, à l'origine, est propriétaire, non seulement de terres mais aussi de droits qu'il s'est appropriés et qui comportent la perception de redevances féodales (notamment le cens) souvent confondues dans la pratique avec les revenus proprement fonciers. L'administration seigneuriale est donc surtout une gestion de biens et de droits d'origine à la fois féodale et foncière. Le roi, les prélats, les communautés ecclésiastiques et même certaines communautés de villes ou villages détiennent également des seigneuries. Pour établir et énumérer les obligations du seigneur envers le suzerain (sauf quand le seigneur est le roi lui-même) et celles des vassaux nobles et des tenanciers roturiers envers le seigneur, on a dressé des terriers (appelés aussi "compoix" dans le sud ouest de la France) qui transcrivent les déclarations tant du seigneur que de ses vassaux et tenanciers.

D'autres types de documents de gestion domaniale (en particulier les "censiers") précisent les cens et les autres redevances dues par les tenanciers. Tous ces documents étaient à l'origine dépourvus de plans, la tradition orale et écrite suffisant à faire preuve.
Dès le XVIe siècle apparaissent des plans de seigneuries et de censives (ensemble des terrains tenus par ceux qui devaient le cens) qui se bornent souvent à des notations schématiques et à l'indication des limites. A partir de 1650 surtout, des plans parcellaires commencent à accompagner les terriers ("plans terriers") et les censiers : ils sont d'autant plus nécessaires que, dès le Moyen Age, le morcellement du sol en parcelles innombrables et les mutations continuelles de celles-ci rendent difficile le contrôle de la perception des redevances sur les tenanciers, devenus depuis longtemps les propriétaires effectifs de leurs terrains.
Au XVIIIe siècle, deux facteurs ont provoqué la multiplication des plans parcellaires seigneuriaux. Le premier, d'ordre économique, a été la "réaction féodale", caractérisée par une gestion plus rigoureuse des domaines. Le second est d'ordre intellectuel : la diffusion des méthodes scientifiques ne permet plus de se contenter de l'à peu près.
Au XVIIIe siècle aussi, ont été réalisées de véritables opérations de remembrement des terroirs qui ont naturellement donné naissance à des plans représentant le nouvel état des choses. Lors de l'actualisation des plans du duché de Penthièvre, peu avant 1789, le rédacteur des "instructions sur la confection des terriers de réformation des seigneuries" souligne l'importance de la combinaison de l'ensemble des droits et aveux, de l'adaptation géométrique des plans aux terriers, et de l'application des titres aux plans.
La confection d'un plan en forme coûte très cher (surtout quand elle est combinée avec la rédaction d'un terrier) et beaucoup de seigneurs peu fortunés paraissent s'en être passés ou s'être éventuellement contentés de simples croquis. Avant le XVIIIe siècle, les divers éléments d'un domaine sont représentés généralement sans tableau d'ensemble. C'est à la veille de la Révolution qu'apparaissent des tableaux d'assemblage ou de repérage, dans des atlas de plans terriers ou de plans de bois et forêts. Les terriers font l'objet d'une mise à jour périodique, en général tous les trente ans, afin d'éviter la prescription et de les tenir à jour.
Ces plans et les registres qui les accompagnaient, ont été parfois détruits au début de la Révolution, lors des attaques et pillages des châteaux et des abbayes par les paysans mécontents de devoir racheter les droits seigneuriaux auxquels ils étaient assujettis. Les Archives départementales ont la chance de conserver un ensemble de plans et registres terriers provenant de l'ancien duché de Penthièvre pour les communes aux alentours de Lamballe (actuels cantons de Lamballe et Pléneuf).
A une époque où l'on est sensibilisé à la notion d'environnement, il est bon de savoir, grâce aux cartes et plans, que beaucoup de paysages ruraux qui nous apparaissent immuables, "naturels", ont en réalité subi des bouleversements bien avant l'industrialisation et la prolifération des résidences secondaires. Les passionnés de généalogie auront la possibilité d'identifier les demeures de leurs ancêtres et de reconstituer leur cadre de vie".

D'après :
• Espace français vision et aménagement, XVIe-XIXe siècle, Archives de France, 1987-1988
• Laot (Emmanuel) dans Pays'âges, catalogue d'exposition des Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2003

SOURCES ARCHIVISTIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES

Bibliographie :
Meyer (Jean), La noblesse bretonne au XVIIIe siècle, Paris, 1966

Sources archivistiques complémentaires :
1 E 494-534

DEVELOPPEMENTS PEDAGOGIQUES

Pistes pédagogiques
Analyser la modernité de la démarche cadastrale au regard de la propriété privée, de l'organisation fiscale. Replacer le paysage dans une histoire évolutive et éviter de donner l'image d'un paysage rural figé depuis la nuit des temps.

Questions
Retrouver les éléments représentés sur ce plan : les éléments naturels (reliefs, végétations) et les éléments humains (végétation cultivée, routes, villages...). Quelle est l'activité qui domine ici ? Quel est le principal objectif de la réalisation de ce plan ?

Pour aller plus loin
Exposition Pays'âges, 2003 (panneaux, questionnaires).