Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Erquy

Outils, équipements, oeuvres et maquettes de Grande Pêche

Type de dossier : dossier sommaire objets mobiliers Date de l'enquête : 2005

Compléments de localisation

Numéro INSEE de la commune : 22054
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Milieu d'implantation de l'édifice de conservation : en village

Historique

Commentaire historique : Les marins d'Erquy ont fait partie des équipages de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve dès le début du 16ème siècle, en partance du port de Dahouët et plus tard du port de Saint-Malo. Islande fut une destination moins fréquente au cours de la seconde moitié du 19ème siècle et dans le 1er quart du 20ème siècle. Les marins d'Erquy (en particulier ceux du village de Tu Es Roc et des Hôpitaux), allaient souvent travailler dans les carrières pendant la saison d'hiver.
Il faut préciser l'importance relative du milieu maritime par rapport au milieu rural d'Erquy pendant le 18ème siècle et la variation du nombre de matelots inscrits au commerce et la grande pêche entre 1717 et 1748, en fonction du contexte militaire. Les petits propriétaires ruraux sont nombreux à côté des marins et des maîtres de barque. Les marins d'Erquy et de la côte de Penthièvre embarquent dans la Compagnie des Indes avant 1696, et dans la seconde moitié du 18ème siècle, les 3/4 des marins d'Erquy prennent la route des Indes (Jean-Pierre Le Gal La Salle).

Au 19ème siècle, à la fin des guerres napoléoniennes, la grande pêche à Terre-Neuve a repris de plus belle avec des équipages recrutés sur la Côte de Penthièvre, de la baie de Saint-Brieuc jusqu'aux bords de la Rance. Erquy participa à cette épopée jusqu'à la 1ère moitié du 20ème siècle, tout en fournissant dans une moindre mesure des équipages pour les campagnes d'Islande à partir de 1870 jusqu'en 1930.

Un fameux marin d'Erquy, le capitaine Ehrel, participa à 33 campagnes à Terre-Neuve, sans jamais avoir perdu un seul marin. Son fils fut maire d'Erquy.

Nous avons repéré et étudié 14 oeuvres, dont plusieurs outils, des éléments de gréement, d'armement, des équipements de navigation liés à la grande pêche à Islande et à Terre-Neuve (4ème quart 19ème siècle et 1ère moitié 20ème siècle), témoins de l' histoire maritime de la commune d'Erquy :

- outil de dorissier : tarière
- outils à fabriquer des lignes : rouet
- compas de navigation pour doris
- croc de bastaque
- panier-réserve : manne à lignes
- hameçon à morues
- carte marine du Grand Banc
- manuscrits : lettre d'engagement et rapport de mer
- sabots-bottes de marin islandais et de marin Terre-Neuva
- maquette de doris
- maquette diorama de trois-mâts Terre-Neuvier
- maquette du trois-Mâts Terre-Neuvier "La Magicienne"
- maquette du trois mâts Terre-Neuvier "Côte d'Emeraude"
- maquette du navire "Le Pourquoi-Pas".

Malle de Terre-Neuvas avec ses outils


Documentation

Bibliographie

PRIGENT, Guy. Témoignage oral de Raymond Pays, ancien marin "Terre-Neuvas" à bord des derniers vapeurs . Erquy, 2005, Témoignage oral de Raymond Pays .



Annexes

  1. Les premiers embarquements pour Terre-Neuve

    L'un des premiers navires connu pour avoir pratiqué la pêche à la morue "es parties de la Terre-Neuve" était la "Jacquette", armée à Dahouët en 1510, avec Garoche et Lefroux, matelots natifs d'Erquy. En 1523, un navire d'Erquy "La Françoise", capitaine Julien Le Roux est signalé à La Rochelle, de retour de Terre-Neuve, pour y vendre sa cargaison de morues, et y charger des vins. La pêche à Terre-Neuve s'interrompit pendant les guerres du règne de Louis XIV. Erquy y prit une part non négligeable. A la même époque, le pêche côtière principalement au maquereau prenait avec vigueur le relais jusqu'au traité d'Utrecht (1713), qui mit fin à la guerre de Succession d'Espagne.
    Les marins d'Erquy embarquèrent régulièrement au 18ème siècle pour Terre-Neuve sur les navires de Saint-Malo et sur ceux de la baie de Saint-Brieuc, Le Légué, Binic, Portrieux, où les armateurs avaient des intérêts dans le pays de Dahouët et d'Erquy. Ils y faisaient cuire dans les nombreux fournils de la paroisse du "pain de mer", y mettaient en barrique "beurre et viandes salées", s'occupaient d'y faire fabriquer divers matériaux d'avitaillement, dont des cordes de chanvre (3 familles de cordier à Erquy)..
    La pêche se pratiquait soit "à la morue verte" sur le Grand-Banc, soit à partir de l'embouchure du Saint-Laurent où les équipages débarqués établissaient des "cabanes" leur servant d'habitation, des "échafauds" pour sécher les morues et des installations ("foissières") pour en extraire de l'huile. La pêche se pratiquait "à la faux" à bord de chaloupes, ancêtres des doris. Les morues étaient débarquées sur le "chafaud" à l'aide de "piquois". Les "vignaux" ou tréteaux servaient à faire sécher la morue en claies. La pêche provenant du Petit-Nord pouvait être livrée au Havre, voire Marseille après avoir embouqué le détroit de Gilbraltar, d'où étaient ramenés huile et savon.
    La petite noblesse locale figurait dans l'état-major des Terre-Neuviers provenant autant d'Erquy que de Pléhérel, du Cap-Fréhel, de Saint-Malo, dont le comte de la Villthéart (propriétaire du château de Bien-Assis en 1765) et Gouyon du Vaurouault (la Ville-Gour).
    Dans les années 1770-1780, la pêche fut particulièrement active et Erquy fait même quelques armements pour la pêche à Terre-Neuve.


  2. Inventaire des marins : rue des Terre-Neuvas, au village de Tu Es Roc

    Dans la cour impasse de Tu Es Roc :
    - au n° 14 : la maison avec une seule pièce à vivre de la "Mère Loise" Launay.
    - au n° 12 : Prosper Launay (propriétaire d'un canot de pêche du type "Aleth"), le père, marin à Terre-Neuve.
    - au n° 10 : Louis David, patron de doris à Terre-Neuve.
    - au n° 8 : Joseph Druel, dit "Duret".
    - au n° 6 : Léon Trévilly, patron de doris.
    - au n° 1 : José Martin et son fils adoptif, noyés tous deux à Terre-Neuve pendant la campagne de 1927-28.
    - au n° 2 : Joseph Laurent, marin de commerce.

    Rue Le Hamel :
    - au n°2 : Yves Laurent (Prosper), dit "Lipaou" ("grosses lèvres"), second capitaine à Terre-Neuve.
    - au n° 4 : Henri Pays, avant de doris à Terre-Neuve en 1923, père de Raymond Pays, à bord de "La Magicienne", patron Joseph Druel (3 mâts de Granville).
    - au n° 3 : Constant de la Motte, patron de doris.
    - au n° 5 : Constant Le Cam, patron de doris (avec Contativi, lui aussi patron de - de l'autre côté de la rue (à babord) : Corentin Mignon, patron de doris.

    Dans la rue des Terre-Neuvas :
    - au n° 3 bis : Rollier Pierre, patron du canot SNSM "La Marie", patron de la bisquine "Le Va toujours", à De Kerjégu, propriétaire du château de Bien-Assis
    - au ° 7 : Raymond Pays et juste avant : Voisine, patron de doris, le "mari à la Gouriotte", marchande de poissons à Erquy, noyé à Terre-Neuve, lors de son premier voyage.
    - au n° 9 : Constant Rollier, marin à Islande (les marins Terre-Neuvas considéraient les Islandais comme des paysans parce qu'ils pêchaient du bord).
    - au n° 13 : Joseph Le Maître, patron de doris.
    - au n° 8 : un café.
    - au n° 17 : Jean Bidon, "Islandais", marin à Islande.
    - au n° 17 bis, Pierre Le Duc, marin à Terre-Neuve.
    - au n° 19 : Jaumet, marin à Terre-Neuve.
    - au n° 21 : Depagne, dit "Paletot", marin à Terre-Neuve.
    - au n° 10 : Cormier Joseph, patron de doris.
    - au n° 25 : Joseph et Francis Bertin (fils), dont le fils fut noyé à Terre-Neuve.

    Témoignage de Raymond Pays.




Illustrations

Fig. 1
Equipage du navire Terre-Neuvier La Léone, avec son équipage
Fig. 2
Flottille de doris se dispersant pour gagner leurs lieux de pêche
Fig. 3
Le doris du Terre-Neuvier Navarin, accostant le long du bord
Fig. 4
Embarquement d'un doris à bord à l'aide des crocs de berdindin
Fig. 5
Doris de service, embarquant le capitaine
Fig. 6
Utilisation de la corne à brume à piston sur un navire Terre-Neuvier pour appeler les doris dans la brume
Fig. 7
Navire Terre-Neuvier à vapeur, rentrant au port
Fig. 8
A bord du dernier Terre-Neuvier Lieutenant René Guillon, en 1951 : Eugène Gouret, patron de doris
Fig. 9
Malle de Terre-Neuvas avec ses outils
Fig. 10
Traitement de la morue à bord d'un navire Terre-Neuvier, au début du 20ème siècle
Fig. 11
Doris emboîtés les uns sur les autres à bord de la maquette du navire Terre-Neuvier La Magicienne (Raymond Pays)

Voir

Erquy, Présentation de la commune d'Erquy
Erquy, Hôpitaux (les), Maquette du bateau de recherche océanographique le " Pourquoi-Pas ? "
Erquy, Hôpitaux (les), Maquette du navire de grande pêche : le "Côte d'Emeraude"
Erquy, Tu-Es-Roc, Carte marine du "Grand Banc"
Erquy, Tu-Es-Roc, Compas de doris
Erquy, Tu-Es-Roc, Elément de gréement courant d'un voilier de travail : croc de bastaque
Erquy, Tu-Es-Roc, Manne pour lignes de pêche
Erquy, Tu-Es-Roc, Maquette de doris
Erquy, Tu-Es-Roc, Maquette du trois mâts Terre-Neuvier "La Magicienne"
Erquy, Tu-Es-Roc, Outil à fabriquer des lignes de pêche
Erquy, Tu-Es-Roc, Outil de charpentier : tarière
Erquy, Manuscrits : lettre d'engagement et rapports de mer
Erquy, Maquette diorama de trois-mâts
Erquy, Outil de pêche : hameçon et leurre à morue
Erquy, Sabots-bottes de marin islandais
Erquy, Sabots-bottes de marin Terre-Neuvas

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2005. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)