(c) Inventaire général, 2007 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2007

Bretagne, Côtes-d'Armor

Binic

Quai ; jetée de Penthièvre

Type de dossier : individuel ; sous-dossier Date de l'enquête : 2007

Désignation

Dénomination : quai
Appellation et titre : môle de Penthièvre

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : Domaine Public Maritime
Numéro INSEE de la commune : 22007
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Etables-sur-Mer
Milieu d'implantation : en ville

Historique

Commentaire historique : Le premier projet de jetée terminée par un musoir en forme de crochet fut décidé par le duc d'Aiguillon, commandant en chef intendant de Bretagne, en 1757, sur un plan dessiné par l'ingénieur Chocat de Grandmaison. Sur ce plan, on peut remarquer la présence d'une balise, située à 8 toises, afin de profiter de l'élévation des pointes de rocher, qui brisent l'effort de la mer. La jetée s'ancre à 2 pieds (66 cm) de profondeur dans le rocher, pour une largeur de 90 pieds (29, 70 m) à la base, 26 pieds de hauteur (8, 58 m), depuis le niveau de la grève, 20 pieds (6, 60 m) de large au sommet, en couronnement sur 35 pieds (11, 55 m) de talus de chaque côté. L'appareillage est prévu en pierre de taille avec des moellons à l'intérieur et des pierres rapportées au pied de la digue, sur un plan très incliné, afin de rompre l'effort de la mer dans la partie qui s'étend depuis la balise jusqu'à l'extrémité et le pourtour de la tête de cette jetée (sources AD 22, S, Suppl. 94).
En 1793, l'ingénieur des Ponts et Chaussées, Piou fils, constate que les navires qui fréquentent le port de Binic, sont à l'abri d'un môle construit en grosses pierres et moellons. Cependant, l'échouage des navires est difficile à cause de l'encombrement du chenal par des bouillons de roches. Un mur de quai commencé devait être achevé afin de servir de moyen de communication entre Binic et ce môle et de faciliter le transport des marchandises. Il faut cependant attendre le 7 vendémiaire an IV pour que des travaux de réparation et de prolongement du môle commencent à être réalisés. Un début de quai est réalisé en 1791 avec son prolongement douze ans plus tard (actuel quai Jean Bart).
En 1843, le mémoire d'un armateur de Binic, Jacques Le Pomellec, est présenté au duc de Nemours, lors de son passage à Binic pour l'établissement d'un avant-port. Le projet est appuyé par le Conseil Général et la Chambre de Commerce en 1845. Un an plus tard, commencent les travaux du nouveau môle, appelé "môle de Penthièvre", construit en maçonnerie hydraulique pour le musoir, sur les plans des ingénieurs Fessard et Méquin. Suite à des avaries répétées, de nouveaux travaux sont entrepris en 1849, et en 1855, a lieu la réception définitive de l'ouvrage. En 1862, suite aux dégâts générés par la tempête du 18 février 1855, des enrochements sont projetés du côté ouest de la jetée-digue. Le môle de Penthièvre pouvait recevoir 13 navires de grande pêche à quai. En 1864, l'ingénieur des Ponts et Chaussées considère comme non justifiée la création d'un bassin à flot dans le port de Binic, en argumentant du manque de commerce à Binic, qui représente plutôt un port d'armement pour Terre-Neuve, et donc sans impact direct sur l'économie locale (en l'absence de commercialisation sur place de la morue). En 1872, de nouvelles avaries au môle donnent prétexte cette même année au conseil municipal pour demander la création d'un bassin propre à recevoir à flot les navires dans le dénommé "Port de Penthièvre" ou "Port Neuf", qui offre à l'époque 860 mètres d'ouvrages, dont sur 700 mètres de quais, 360 mètres dévolus au cabotage. En 1880, un contrefort vers le large est rajouté au môle.
Binic arme en 1872, 23 navires pour la grande pêche, répartis en 7 navires pour Islande et 16 navires pour Terre-Neuve. Entre le 3 juillet 1871 et le 1er juillet 1872, le port accueille 100 navires dont 60 en relâche, soit 216 navires sur 18 mois. Les élus réclament de nouveau 90 m de nouveaux quais malgré l'avis défavorable de l'ingénieur. Ce dernier argumente en expliquant l'augmentation du ressac dans l'avant-port par le pont en bois de 100 m d'ouverture et le rétrécissement du port, du aux nouveaux ouvrages projetés (AD 22, S Suppl. 92).
Datation(s) principale(s) : 2e quart 19e siècle
Date(s) : 1855
Justification de la datation : daté par travaux historiques

Description

Commentaire descriptif : L'ouvrage mesure 350 mètres avec une hauteur moyenne de 8, 40 m (11, 10 m entre les fondations et le niveau du parapet) et une largeur de 10 mètres au niveau du quai. Le mur intérieur est établi à 8, 10 m. La jetée forme un angle droit en amont et se referme à l'est vers la jetée de Pordic. Le môle est constitué de deux murs parallèles reliés à leur extrémité par un musoir circulaire. Le parapet supérieur a une hauteur de 2, 50 m au-dessus du quai et une largeur de 1, 80 m, qui permet une déambulation. Le mur de quai, côté ouest, a un fruit d'environ 10% assez prononcé, alors que le mur de quai du côté de l'avant-port a un fruit d'environ 5 %. Le parapet dispose de plusieurs escaliers d'accès se faisant face, avec chacun 14 marches. La construction de l'ensemble est en pierre de taille de granite gris et rose. La jetée se termine par un musoir et une esplanade en demi-cercle, pour l'accueil d'un fanal. Le quai est équipé de bolards tous les 8 mètres pour l'amarrage des navires.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : moellon
Technique du décor : maçonnerie
Etat de conservation : bon état

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Observations : La qualité de construction et l'ancienneté de cet ouvrage portuaire en bon état de conservation mérite d'être signalées.
Oeuvre étudiée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété publique

Vue générale
Plan daté de 1757, copie de 1876 : détail et descriptif du môle et du musoir ou crochet terminal (AD 22)


Documentation

Documents d'archives

AD Côtes d'Armor. Série S Suppl. 94. Plan daté de 1757, copie de 1876 : détail et descriptif du môle et du musoir ou crochet terminal.

AD Côtes d'Armor. Série S Suppl. 94.Projet de construction d'un quai au fond du port et démolition de la vieille cale en amont du môle de Penthièvre, 1876-1877.

AD Côtes d'Armor. Série S Suppl. 89. Plan général du port de Binic en 1857.

AD Côtes d'Armor. Série S Suppl. 94.Projet de construction d'un quai au fond du port et démolition de la vieille cale en amont du môle de Penthièvre, 1876-1877.



Annexes

  1. La jetée de Penthièvre

    Le projet d'un port-refuge à Binic fut conçu à l'origine par le duc de Penthièvre Mrg Louis Jean-Marie de Bourbon, lors de sa visite en 1747. Mais les finances des Etats de Bretagne ne permirent pas sa réalisation, qui fut reportée cent ans plus tard en 1843, comme suite à la nouvelle demande effectuée par Jacques Le Pomellec, armateur, maire de Binic et conseiller général, auprès du duc de Nemours. Les plans furent dressés par les ingénieurs Fessard et Méquin. La construction de l'avant-port de refuge de Binic fut commencée en 1846 et terminée en 1855. Un contrefort vers le large fut ajouté en 1880. Cet ouvrage comprenait l'édification d'un grand môle de 315 mètres de longueur, appelée jetée de Penthièvre fermant l'avant-port et donnant abri au bassin. Il s'enracinait dans les rochers de Porthenay sur sa partie ouest à une hauteur de 8, 40 m au-dessus du niveau de la plage.

    La construction de ces ouvrages avait été prise en considération par l'Administration après les voeux émis en 1844 par le Conseil Général du département et les membres de la Chambre de Commerce Nationale. En effet, la baie de Saint-Brieuc, qui s'étend de l'Île de Bréhat jusqu'à la pointe du Cap Fréhel, comptait sept ports maritimes d'importance relative très différents et plusieurs havres plus ou moins abrités, où les bateaux pêcheurs venaient chercher refuge pendant le mauvais temps. Ces ports étaient toute l'année fréquentés par un grand nombre de navires français et étrangers qui importaient dans le pays des quantités considérables de houille, de fer, de bois et denrées de toute sorte. Par ailleurs, ils armaient pour la pêche de Terre-Neuve environ 90 navires. C'est dans la baie de Binic, que ces bâtiments d'un fort tonnage se rendaient, soit pour achever leur armement, soit pour attendre le moment favorable de gagner leurs ports respectifs.

    La jetée de Penthièvre a une longueur totale de 350 mètres et une hauteur moyenne de 8, 40 mètres au-dessus de la plage. Elle offre un excellent abri contre les lames et le vent du large, et forme un avant-port occupant une position assez avancée dans la mer.

    Un fanal fut édifié sur le musoir du môle en 1853, pour servir d'amer aux navires qui venaient de nuit chercher refuge dans l'avant-port. L'effet de perspective donné par la taille démesurée de la jetée, ajoute à la mise en valeur de l'édifice. La jetée construite comme le fanal en pierres de taille de granite est indissociable du fanal qui la surmonte. L'ensemble est parfaitement intégré à l'environnement portuaire dans lequel il se trouve.
    La jetée est protégée des lames par un large parapet surmonté d'un "chemin de ronde".




Illustrations

Des. 1
Plan daté de 1757, copie de 1876 : détail et descriptif du môle et du musoir ou crochet terminal (AD 22)
Des. 2
Plan daté de 1757, signé par le Duc d'Aiguillon, copie de 1876 : le môle de Penthièvre, élévation de la vieille jetée (AD 22)
Des. 3
Plan général du port de Binic dont le port de Penthièvre en 1857 (AD 22)
Des. 4
Plan : Démolition de la vieille cale du môle de Penthièvre et construction d'un contrefort, 1876-1877 (AD 22)
Des. 5
Plan calque : cale à démolir en avant du môle de Penthièvre, 1888 (AD 22)
Doc. 1
Plan calque : emplacement des navires au nord du môle (13), dans l'arrière port à qua et au sud de la vieille jetée, 1862 (AD 22)
Doc. 2
Goélettes arrivant au port (AD 22, fonds Barat)
Doc. 3
Tempête sur la jetée de Penthièvre, début 20ème siècle (AD 22, fonds Barat)
Doc. 4
Tempête sur l'avant-port : remarquer sur la falaise la chapelle Notre-Dame d'Espérance (AD 22, fonds Barat)
Doc. 5
Grande animation au quai de Penthièvre (AD 22, fonds Barat)
Doc. 6
Goélettes en cours de déchargement (AD 22, fonds Barat)
Doc. 7
Goélette à quai (AD 22, fonds Barat)
Doc. 8
Vue de la jetée de Penthièvre, avant les enrochements, juste après guerre : remarquer le plongeoir et la présence des barbelés (AD 22, fonds Joël)
Doc. 9
Bal de noces pour les époux Pierre Gauffeny et Louise Chapelet, sur la jetée de Penthièvre, au pied du phare, le 11 février 1903 (collection particulière)
Doc. 10
Le môle de Penthièvre où viennent s'échouer les goélettes de pêche et les caboteurs, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Doc. 11
Le môle de Penthièvre où viennent s'échouer les goélettes de pêche et les caboteurs, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Doc. 12
Les bateaux de pêche coquilliers accostés au môle de Penthièvre, vers 1960-70 (AD 22)
Doc. 13
Vue du mur ouest du môle de Penthièvre : remarquer la forme du mur et le fruit pronocé de 10%, vers 1960-70 (AD 22)
Doc. 14
Vue du môle de Penthièvre, un jour de régates, 1950 : remarquer le sloop de pêche ou de plaisance (AD 22, fonds Joël)
Doc. 15
Vue du môle de Penthièvre, un jour de régates, 1950 (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 16
Le môle de Penthièvre submergée pendant la grande marée de 1976 (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 17
Le bout de la jetée du môle de Penthièvre : remarquer le retour ouvragé (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 18
Le môle de Penthièvre et l'avant-port, un jour de tempête : remarquer les enrochements devant le mur du quai (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 19
Le môle de Penthièvre, un jour de tempête (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 20
Le môle de Penthièvre avec les bateaux de pêche dans l'avant-port, vers 1970 : remarquer le fruit vertical du mur du quai côté ouest (AD 22, Fonds Joël)
Doc. 21
Le parapet du môle de Penthièvre sous la marée : remarquer les dragues à coquilles, 1976 (AD 22, Fonds Joël)
Fig. 1
Vue générale
Fig. 2
Vue à marée basse de la digue : remarquer les rochers et les enrochements
Fig. 3
Vue du dessus de la jetée : remarquer la forme en ligne brisée de la digue et le parapet
Fig. 4
Vue de la jetée en amont
Fig. 5
Vue en plongée de la jetée depuis le sentier douanier de la falaise : remarquer les enrochements côté ouest et le rocher Couturier
Fig. 6
Vue du bout du môle : remarquer le musoir arrondi et l'escalier devant le fanal de la jetée
Fig. 7
Vue du musoir du môle : remarquer la disposition circulaire des pierres de parement, faisant esplanade au pied du fanal
Fig. 8
Vue en détail du mur de la jetée, côté avant-port, avec l'escalier : remarquer le fruit peu prononcé du mur du quai
Fig. 9
Vue du parapet et du mur du quai
Fig. 10
Vue du parapet
Fig. 11
Vue de la forme ondulatoire du parapet
Fig. 12
Vue du môle à son extrémité : remarquer la forme sinueuse du parapet
Fig. 13
Vue du mur de quai en amont et des escaliers : remarquer le fruit du mur et la convexité du mur du parapet
Fig. 14
Vue du mur du quai de la jetée côté avant-port : remarquer la nouvelle cale en béton et les escaliers du quai
Fig. 15
Vue du double escalier du parapet en granit taillé
Fig. 16
Vue de la disposition des pierres de recouvrement en granit gris et rose bouchardé
Fig. 17
Vue en détail de l'agencement des pierres taillées au niveau de l'arête du quai
Fig. 18
Vue du parement en pierre de taille de la jetée
Fig. 19
Vue en détail d'un anneau d'amarrage scellé au quai

Voir

Binic, Quais et cales du port de Binic
Binic, Port de Binic
Binic, Quai Jean-Bart et quai de Courcy

(c) Inventaire général, 2007 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2007. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire du patrimoine culturel, Tél. : 02 22 93 98 29 / 31 / 40. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)